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POUR LES VINGT ANS DE "PERCUSSION ENSEMBLE"


CDDVD
Courant 2007 un ange dénommé Philippe Nasse m'envoie un mail intitulé : "Pour les vingt ans de Percussion Ensemble" dans lequel il me propose d'éditer en DVD un concert de mon groupe qu'il a filmé en 1987. De là à rééditer l'album du même nom qui était épuisé depuis plus de dix ans il n'y avait qu'un pas, d'autant que tous les ayant-droits concernés trouvent que c'est une très bonne idée. L'envie de remonter Percussion Ensemble était dans l'air, du coup elle se précise mais je ne peux l'envisager qu'à la condition de tenter d'aller plus loin que ce qui avait déjà été réalisé. Depuis toutes ces années J'ai tissé d'autres liens, j'ai mûri et après avoir résisté aux sirènes de la nostalgie, je décide de remonter la formation avec une équipe nouvelle. Quand j'en parle à Florent (Haladjian) je lui explique pourquoi : "... je veux tenter d'aller plus loin que ce que nous avons déjà fait...". Il me répond : "Moi je suis partant, à condition de le faire à fond!". Florent et moi sommes donc les deux anciens qui rempilent avec les nouveaux. Nous nous sommes mis au travail, anciens et nouveaux morceaux passent et nous font passer à la moulinette. Nous sommes disponibles et à la recherche de concerts, n'hésitez pas à me contacter. L'édition 2008 du CD/DVD de "Percussion Ensemble" sera dans les bacs courant 2008.
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ANALYSE


En surfant sur le web ou en consultant les ouvrages publiés sur la percussion mandingue, on ne trouve que des transcriptions de rythmes basiques (appel, polyrythmie, blocage). La musique de djembé se résumerait elle à des rythmes qui commencent et puis s'arrêtent? Sur le web toujours, dans la presse et dans les ouvrages didactiques, le jeu des batteurs réputés est évalué avec des commentaires certes sympathiques :"... il joue très bien... c'est un maitre incontesté... approche mélodique de la percussion... une énergie extraordinaire... c'est quelqu'un de très gentil..." mais qui n'ont aucune utilité pratique pour ceux qui jouent de l'instrument et veulent progresser en prenant exemple sur leurs aînés. Tout le monde est à même de constater qu'un musicien joue bien et d'y apposer sa propre appréciation affective. Ce qui est intéressant et utile pour l'étudiant et le mélomane, c'est le pourquoi (joue-t-il bien) et le comment (... s'y prend-t-il) ?

En percussion de style mandingue comme dans toute autre musique, l'utilité de l'analyse est d'apporter des éléments de réponses argumentés, à ces questions."Le renforcement " (article que j'ai écrit dans le journal "Batteur Magazine" ) est un exemple d'analyse possible, sur une technique de jeu fréquemment utilisée au djembé. Il est temps d'éléver le débat au delà du discours consensuel néo colonialiste, sur le "sens inné" des africains pour le rythme...
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DJEMBE HORS D'AFRIQUE


Tradition

La musique de djembé est vouée à se transformer et à être jouée pour des motivations variées (différentes), surtout lorsqu’elle est pratiquée en dehors de son contexte d’origine. Sur le terrain, en Afrique, "la" tradition n'est déjà plus ce qu'elle était pour certains : jusqu'à un passé proche, il semble que la musique était exclusivement liée aux événements de la vie quotidienne, au passage des individus d'un âge (statut) à un autre, aux événements relatifs à la vie économique rurale (retour des récoltes). Depuis l'avènement des Ballets Nationaux de Guinée (dans les années 60), elle s'est de plus inscrite dans une perspective spectaculaire "à l'occidentale". L'urbanisation croissante a multiplié les rencontres inter-ethniques, aboutissant parfois à un affaiblisement du lien entre certains rythmes et les circonstances auxquelles ils étaient rattachés. De ces évolutions, il résulte qued'une génération à l'autre, et à fortiori de deux générations à l'autre, les africains sont eux même en désaccord sur ce qu'est "la" tradition ou sur ce qu'elle devrait être...

Evolution

Contrairement à la caste des griots (notamment chanteurs, joueurs de kora et de balafon), les djembéfolas, certes appréciés, ne jouissaient pas de la considération actuelle jusqu'à il y a quelques dizaines d'années. L'engouement des étrangers, qui a généré la réussite économique de certains djembéfolas en occident, est à l'origine de la valorisation de la profession aux yeux des africains. cette valorisation suscite de la convoitise et génère des vocations dont les motivations, tournées vers l'extérieur et influencées par la demande des pays riches, sont très éloignées des réalités rurales dites traditionnelles. Cette évolution n'est pas contradictoire avec le talent des musiciens. Force est de constater que les traditions vont où elles veulent - comme la musique - au gré des mouvements sociaux sur lesquels personne n'a de contrôle. Tenter de faire perdurer "une" tradition décontextualisée serait quoiqu'il en soit une entreprise vaine. Cette réalité si elle déroute parfois les élèves les plus dévoués et certains djembéfolas, s'inscrit banalement dans un processus général, dont la recherche anthropologique a depuis quelques temps analysé les mécanismes : la décontextualisation des savoirs et des techniques.

(Voir à ce sujet "Branchements - Anthropologie de l'universalité des cultures" de Jean-Loup Amselle).
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PEDAGOGIE


Quiproquo

Beaucoup d'étudiants associent le fait qu'ils ne comprennent pas la façon d'enseigner des africains, avec un manque de pédagogie. Il suffit pourtant de regarder les africains jouer de la musique pour constater la réussite du système pédagogique par lequel ils sont passés : Utilisation judicieuse des ressources physiques, excellent rapport kinesthésique avec l'instrument, pratique fluide de la communication et de l'interaction, excellente utilisation des dynamiques, de la projection du son... Le fait que les musiciens africains aient été si bien formés et qu'il est agréable de les voir jouer, est pour beaucoup dans l'envie des autres "ethnies" du monde d'apprendre le djembé.

Adaptation

Tout comme la tradition, la pédagogie africaine ne peut fonctionner à l'identique lorsqu'elle est décontextualisée et qu'elle s'adresse de surcroît à d'autres acteurs culturels. Certains maîtres africains tentent de s'adapter, d'autres moins. Que l'on s'adapte ou pas, la tâche n'est de toutes façons pas aisée. À trop vouloir aller dans le sens des demandes des étudiants, on risque de laisser de côté des aspects déterminants de la percussion mandingue ou d'aboutir à des résultats paradoxaux : certains élèves "expérimentés" sont incapables de jouer sans taper du pied pour se repérer (les africains le font parfois, par engouement, par empathie, pas pour s'accrocher au rythme), développent ue attraction compulsive envers le "premier temps"...

Consensus

Un malheureux consensus s'établit parfois entre maitres et élèves : "Espérer maitriser le djembé n'est pas un objectif réaliste si on n'est pas africain." Certains pans de l'apprentissage peuvent alors prendre une place surévaluée ou prématurée. Il peut même se retrouver empesé de considérations inutiles à la formation d'un(ne) musicien(ienne) même amateur. Ainsi, l'improvisation, les phrasés, les systèmes moteurs sophistiqués (qui génèrent de l'aisance et sont indissociables du style), la dimension jubilatoire et humouristique du rythme, l'élaboration graduelle du processus d'accession à l'autonomie... sont délaissés au profit : de l'apprentissage "par coeur" de phrases, séquences et solos - du collectage de polyrythmies - d'anecdotes historiques et autobiographiques contribuant à la mystification des maîtres et à la pérennisation des conflits inter-ethniques : "Les malinkés jouent un djembé plus vrai que les soussous, surtout dans tel village qui est la véritable source originelle..." et inversement! Les étudiants passés par ce moule n'arrivent généralement qu'à devenir d'honnêtes "répétiteurs", et sont confinés dans un statut d'infériorité de fait par rapport aux africains, ce qui est dommage.
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